Fâcheries et engouements

Fâcheries et engouements
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dimanche 9 février 2014

Réconciliation

Action de réconcilier des adversaires, des gens fâchés entre eux ; fait de se réconcilier.
 Petit Larousse

- La Réconciliation des Montaigu et des Capulet au-dessus des corps de Roméo et Juliette
Tableau de Lord Frederic Leighton
Capulet et Montaigu
Nous avons vu récemment le ballet Roméo et Juliette avec la musique de Prokoviev (dont la sublime "Danse des Chevaliers" à écouter absolument) et une chorégraphie somme toute assez classique. L'histoire, elle, n'a pas pris une ride : cet amour impossible entre deux jeunes issus de familles ennemies. 
Chacun transposera ce scénario universel en l'appliquant au contexte ou à l'époque qu'il voudra. 
Ce ne sont pas malheureusement les exemples qui nous font défaut.
Le dénouement de la pièce de Shakespeare est tragique comme chacun sait, la haine se faisant plus forte que l'amour, puisque les amants ne se rejoignent que dans la mort. Passons sur les péripéties (Juliette qui n'est pas vraiment morte, Roméo qui la croit morte qui se tue pour la rejoindre et Juliette qui, le voyant mort, se tue à son tour), c'est la scène finale qui m'a bouleversée : les deux pères s'embrassant sur les cadavres de leurs enfants, marquant dans cette étreinte leur capacité à faire la paix. 
Que ne l'auraient-ils pas faite plus tôt ? Il aura fallu quatre morts pour y arriver. Combien dans les tranchées de Verdun ? À Gaza ? Au Rwanda ? L'énumération est sans fin...

France - Allemagne
Non, il ne s'agit pas d'un match de foot, mais de la poignée de main de François Mitterrand et Helmut Kohl, l'un des gestes les plus forts et les plus symboliques de réconciliation du XXe siècle  : celle des peuples  franco-allemands après trois guerres, concrétisée par les mains serrées de ces deux grands hommes d'État, le 22 septembre 1984, à l'entrée de l'ossuaire de Douaumont, haut lieu des commémorations de la Première Guerre mondiale. Il aura fallu 40 ans pour arriver à ce geste symbolique, confirmant la détermination de l'Allemagne et la France à ne plus (jamais ?) revivre les boucheries d'Alsace Moselle, de la Marne, les ghettos, les exterminations... Nous qui étions là en 1984, nous sommes témoins de cet engagement. Chacun d'entre nous en est le garant.

Le Quatrième mur  
Le quatrième mur est l'écran imaginaire qui sépare l'acteur du spectateur. C'est ici le titre du puissant livre de Sorj Chalandon. 
L'écrivain nous emmène au cœur du conflit du Liban en 1982. Georges, un éternel étudiant, militant gauchiste-activiste-pro-palestinien, est amené à remplacer son ami, Sam, metteur en scène,  et à mener à bien le projet de ce dernier qui tombe malade.  
Sam, d'origine juive,  veut monter la pièce Antigone d'Anouilh dans le centre de Beyrouth, avec des acteurs représentant les nationalités et religions du conflit israélo-palestinien : une palestinienne sunnite, un druze, un maronite, un chiite, une catholique... 
Anouilh, lui,  avait présenté son Antigone pour la première fois sous l'Occupation, en 1944, comme un acte de résistance (même si cela a été perçu très diversement).
En arrivant au Liban, Georges pense tout savoir de la guerre, il croit comprendre, il apprend... il n'est plus le même après. 
Le défi semble impossible à relever, tant dans la faisabilité de l'entreprise que dans le tour de force d'arriver à faire communiquer les "acteurs" du conflit : arrêter le temps pour quelques heures durant lesquelles la scène serait le théâtre de la réconciliation, le symbole magnifique d'une paix enfin rendue possible par cet échange, grâce au théâtre.
Mais le quatrième mur est transpercé par la réalité. Le théâtre qui se joue est bel et bien celui du conflit, seule scène qui puisse se jouer.

dimanche 20 octobre 2013

De l'importance des rites pour grandir

Plus je vieillis, plus je prends conscience de l'importance des rituels pour marquer les passages de la vie, comme autant de paliers pour s'appuyer et rebondir vers une nouvelle étape. 

Des rituels tout au long de la vie
L'école nous fournit de belles occasions de jalonner notre vie par des actes marquants qui font grandir, mûrir ou vieillir. Ainsi, l'entrée en maternelle, le passage dans un nouveau cycle, l'obtention du brevet, jusqu'à l'entrée dans la vie active...
La vie personnelle et familiale bien sûr est aussi riche en occasions de marquer d'une pierre certains passages de notre vie : la première dent qui pousse, puis la première qui tombe, le passage du siège-auto au rehausseur, puis le droit d'être assis à côté du chauffeur, les premiers pas, les premiers mètres à vélo ou à la nage... Et ce, inéluctablement, du début à la fin de notre existence, chacun ayant le choix de "ritualiser" à sa façon, plus ou moins, selon sa religion (ou pas) ou son goût pour les cérémonies.

Des étapes structurantes
Dans tous les cas, c'est un pas vers l'autonomie qui est fait et c'est d'autant plus marquant que ce passage est accompagné d'un rituel.
Mes filles ont vécu ces étapes de diverses façons, parfois magistralement, d'autres fois complètement à côté de la plaque.
Lorsque ma fille aînée était au CM2, il y a eu une fête pour tous les élèves de ce niveau pour sceller la fin de l'élémentaire et le passage au collège, avec un petit spectacle, un goûter je crois. Les parents étaient là, les instits aussi et le directeur avait fait un discours pour marquer ce passage et tourner les enfants vers leur propre avenir. C'était simple et solennel à la fois. Essentiel.
Pour ma part, je me souviens d'un professeur de français au collège qui, à la suite d'une visite au Louvre avec ma classe, avait donné à chaque élève une carte postale de La Victoire de Samothrace avec quelques mots écrits au verso pour chacun sur l'envol vers l'ailleurs et la construction de sa propre vie. Bien sûr, à l'époque, nous avions trouvé ça un peu curieux, un peu kitch, incapables de saisir la symbolique de ce message ! Mais j'ai gardé la carte longtemps et j'y repense souvent...

Occasions ratées
Je suis agacée de voir que ceux qui sont censés accompagner nos jeunes manquent parfois complètement cette occasion, faillissent à leur rôle de passeur...
Le lycée où mes enfants ont passé leur bac organise une matinée réception des diplômes au mois de septembre, pour les bacheliers de l'été. L'occasion de mettre un point final à cette étape de la vie étudiante, avant que chacun parte dans sa direction. Je trouvais ça chouette, imaginant presque une cérémonie (que l'on raille en France, mais n'ont-ils pas raison ?) à l'américaine...
Et bien non... Trop compliqué à organiser sans doute. 
Pas de grande salle, pas de discours ni retrouvailles avec toutes les terminales. Pas de cacahuètes ni de remise officielle. Pas de tambour ni de trompette...
Les élèves sont convoqués une heure par groupe de deux ou trois classes, dans le hall du lycée, avec du personnel administratif ou un surveillant pour leur remettre leur morceau de papier (le diplôme en perd même de son prestige) contre une signature en face de leur nom sur la liste.
Pas un mot, peu de profs, pas de proviseur ni son adjointe, aucune main serrée.
Un rendez-vous manqué.
Un sens pas trouvé. En tout cas pas au lycée à cette occasion.
Ceux qui ont la responsabilité de guider nos jeunes durant ces années lycée ratent vraiment un truc.

Du sens trouvé là où ne l'y attend pas
Journée d'appel, à Versailles, l'année des 18 ans. Rassemblement où les jeunes vont en traînant des pieds, goguenards de ne pas se laisser embrigader par l'un ou l'autre corps d'armée. Eh bien, apparemment, on peut y trouver des officiers capables de parler profondément de la citoyenneté, de l'engagement de chacun, du libre arbitre. Quoi de plus structurant ?

dimanche 11 novembre 2012

De grands trous dans la mémoire de notre temps ?


Continuons sur le thème du souvenir..., 
Avec le mémorial de la Shoah, dans le Marais, à Paris, un lieu pour réaliser l'horreur et réfléchir. 
En entrant, on passe devant le "mur des noms" (76 000 prénoms et noms, se suivant par ordre alphabétique - des familles décimées -, gravés sur les pierres) qui nous ramènent à l'ampleur de l'opération engagée par les Nazis et leurs sbires. La visite se fait dans le silence, le recueillement. 

Au premier étage, et jusqu'à la fin de l'année, l'expo "Les enfants de la Shoah", raconte par le biais de documents (lettres, photos essen-tiellement) ce qu'ont traversé des enfants juifs, déportés, séparés des leurs, mais aussi recueillis, choyés, cachés, par des gens emplis de courage : des magnifiques "Justes".
C'est poignant.
Les survivants ont échappé au plan implacable : plus d'un million d'enfants juifs d'Europe de moins de 15 ans assassinés.
En bas, l'expo permanente, retrace les "grands" moments de cette extermination, les camps...
Un couple était là en même temps que nous. Lui, ébranlé. Elle, lui tenant la main. Des souvenirs sans doute, des absents qui remontaient à sa mémoire, à jamais disparus.

Devoir de mémoire
Mais ce que m'a évoqué cette visite ne s'arrête pas (malheureusement) à la Shoah ; cela s'applique à tous ces  drames du monde qui ont déchiré des populations : Rwanda, ex-Yougoslavie, Arménie, Algérie..., pour ne parler que de l'histoire récente, pardon pour ce que j'omets.
Bien sûr, tous ne sont pas au même niveau sur l'échelle de la barbarie, mais le principe est toujours le même.
Pour les proches de ces drames - et de tous les autres -, garder en mémoire (se re-mémorer) et célébrer (co-mmémorer) permettent de comprendre, peut-être d'accepter, commencer à se reconstruire, et se souvenir pour ne pas répéter.
Mais, est-ce que cela suffit ?

dimanche 10 juin 2012

Les jeunes ont plein de choses à dire !

Ces derniers jours, les manifestations de fin d'année battent leur plein et on ne sait plus où donner de la tête ! Comme je ne veux pas la perdre (la tête), j'ai été bien obligée de choisir. Parmi ces moments importants, voici mes deux sélections : 
Le festival international des bancs publics au quartier des Grèves le 3 juin et la projection des films des lycéens de la section audiovisuel du lycée Camus, lundi 5 juin. Pourquoi ce choix ? Dans les deux, une de mes filles est présente... Mais je vous assure que ce n'est pas la seule raison....

Les bancs publics, dans leur 7e édition (voir la vidéo 7 jours à Colombes à 2'22") sont une  succession de scènes placées dans le quartier des Grèves autour desquelles les visiteurs passent à tour de rôle : des habitant, des enfants de centres de loisir, des jeunes de groupes de théâtre, des petites rappeuses, des groupes intergénérationnels, d'autres avec des malades du centre de long séjour, des jeunes vidéastes, des chanteurs... des échanges et des rencontres, telle est la magie de cette manifestation organisée chaque année par la cave à Théâtre. Seul bémol cette année, le temps... 
Mon coup de cœur, les films de l'atelier cinéma jeunes et ados avec l'Œil du baobab. L'un par des élèves de l'école Marcel Pagnol, La Deuxième Chance, une histoire sur l'exclusion et la tolérance vu et réalisé par les enfants, je n'en dis pas plus... j'ai été bouleversée. L'autre Le Dealer de couleurs est un petit film réalisé par des ados, dépeignant un monde où les couleurs sont bannies et où comment on développe des stratégies pour les retrouver, un travail super sur le noir et blanc et la couleur et des prises vues montrant un monde triste et inquiétant éclairé pour ceux qui capturent la couleur. 

La projection des films des lycéens de seconde, première et terminale de la section audiovisuel du lycée Camus a lieu chaque année à la MJC de Colombes (partenaire de cette option). La salle était pleine pour assister à la projection des courts métrages des différents groupes : des courtes animations (pâte à modeler, Playmobil, collages...) et des petites histoires courtes sans son pour les secondes ; les premières ont travaillé sur des sortes d'enquêtes tournées à partir du lycée prenant alternativement la forme de reportages, d'interviews et empruntant au genre journalistique ; les terminales ont travaillé sur le silence pour l'option facultative, sur la musique pour l'option obligatoire (un film choral, une interview sur la musique hardcore et une comédie musicale). Quel plaisir et ce qui m'a scotchée c'est que, dans tous ces films, nos jeunes parlent d'eux, se racontent, nous parlent de leurs angoisses, de leurs peurs, leurs amours, leurs passions, leurs projets. C'est génial, et dire qu'on pense parfois qu'ils n'ont rien dans le ventre ! Bravo !

* Pas de photos ou de montages pour l'instant, mais je les ajoute dès que je les ai.

mardi 5 juin 2012

Au revoir Miss Glu !

Miss Glu, c'est mon mentor en blog !
Cette amie avait ouvert son blog bien avant moi, y collant de jolis dessins sous forme de post-its et postant des textes poétiques sur des moments de la vie. C'est bien elle qui m'a donné envie d'être ici. 
Des post-it de Miss Glu

N'habite plus à l'adresse indiquée*
Eh bien, un jour que, curieuse de ces nouveautés, je venais la visiter, rien, silence, Miss Glu avait mis la clé sous la porte, sans laisser d'adresse, lassée de l'exercice, elle s'en était allée pour de nouvelles aventures. Ce que je regrette mes rendez-vous avec elle !

Au bout du truc
Comme je l'interrogeai sur les raisons de cet arrêt brutal, Miss Glu me dit qu'elle était arrivée au bout du truc
Je comprends bien cela, moi qui me demande souvent à quoi sert cette vitrine qui ne donne pas lieu à tant d'échanges, cette plage d'exercice à l'écriture qui tourne un peu en rond finalement...

* Ah oui, j'oubliais ! Comme on peut vraiment presque disparaître de la Toile quand on en prend la décision, vous pouvez retrouvez Miss Glu ici. C'est elle qui a coréalisé ce joli livre.

jeudi 8 mars 2012

Les femmes sont de "vraies" héros !

Camille est toute petite.  
Elle aura 20 ans en 2030, par là...
Et aujourd'hui, le jour de la femme est bien le cadet de ses soucis.
Mais quelle vie de femme aura-t-elle ?

Lorsque j'étais jeune, la Journée internationale des femmes, le 8 mars, était un vrai symbole, une occasion unique de se rappeler tout le chemin parcouru par Olympe, Louise, Simone(s)... et nous toutes qui contribuions à notre petite aune à faire bouger les choses, sans oublier mon panthéon perso avec Camille Claudel, Angela Davis, Rigoberta Menchu, Gisèle Halimi... sans oublier la plus déterminée de toutes, ma mère.

Aujourd'hui, elles sont nombreuses à faire avancer la condition de la femme dans leur pays. Parmi elles, l'iranienne Marjane Satrapi, les trois prix Nobel de la Paix en 2011 Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia et sa compatriote pacifiste, Leymah Gbowee, ainsi que la yéménite Tawakkul Karman, l'opposante birmane Aung San Suu Kyi bien sûr et tant d'autres aux quatre coins du monde que j'oublie, qui luttent pour les droits et les libertés, informent, éduquent, créent, œuvrent pour la paix.

Ici et ailleurs, la femme lutte pour ses droits...
Le clivage existe encore et il ne se comble pas vraiment. Et je ne parle pas de la parité... Mais, par exemple, du nombre d'avortements pratiqués par des mineurs en France qui ne baisse pas (autour de 14 000 par an) et de Marine Le Pen qui veut dérembourser l'avortement "de confort" (comment peut-on on dire que cela puisse être confortable) ;  ni de ce fait inacceptable : "En France, une femme meurt encore tous les deux jours sous les coups d'un homme" ; de ce que j'ai lu dans le journal cette semaine : "Une jeune femme aspergée d'essence par son père qui la trouvait trop libérée et n'appréciait pas la religion de son ami".
Pas facile, cette histoire de religion, car si les femmes ont été parties prenantes des révolutions arabes, ne se retrouvent-elles pas prises au piège des tentations intégristes de leur pays  ? Envoyé spécial a consacré un reportage impressionnant, voire terrifiant sur ce sujet : Egypte : la révolution va-t-elle changer la condition des femmes ? Les Égyptiennes coincées entre révolution et tradition.

Pour clore cette journée, un bel hommage
Je vous invite a voir le documentaire magnifique, Women are heroes de JR, montrant des vies de femmes dans différents pays (Brésil, Cambodge, Inde), qui ont pris conscience qu'elles peuvent faire bouger les choses. 

JR les filme, les écoute, les photographie avec bienveillance (que j'aime ce mot !) et installe des photos géantes de ces combattantes sur des toiles dans les villages, sur les murs, les toits de leur cité... Les femmes sont partout, comme elles sont bel et bien présentes au sein de leur communauté, dont elles sont le ciment en quelque sorte.

Les images (Un livre de photos existe aussi) comme un rappel de leur existence et de leur capacité à agir et à rassembler !



dimanche 27 novembre 2011

Elle ne lâchait rien !

Infatigable "pourfendeuse" des injustices de par le monde, Danielle Mitterrand nous a quittés à 87 ans en cette fin de mois de novembre. Toute sa vie, elle a bataillé pour la défense des libertés, une route à suivre...

mercredi 26 octobre 2011

Brassens, l'humble troubadour

Trente ans qu'il nous a quittés
À l'heure où on l'évoque et on l'entend un peu partout, je suis tombée sur le documentaire de Nicolas Maupied Brassens est en vous. Didier Varrod (qui nous fait découvrir des petits bijoux sur France inter tous les matins avant 
7 h 30) nous montre à quel point ce sacré moustachu a influencé la chanson française et marqué nos sens et nos esprits. Et, depuis, je suis prise d'une envie d'écouter Brassens en boucle.

Une langue ciselée
Quatorze albums, des centaines de chansons, et toujours cet art de poser les mots, de créer des images avec des références incroyables, de la malice, de la provocation aussi... Prenez n'importe laquelle de ses chansons et vous en resterez tout ébaubi... Le pont des Arts (Des jean-foutre et des gens probes, Médisent du vent furibond,/ Qui rebrousse les bois, détrousse les toits, retrousse les robes / Des jean-foutre et des gens probes, Le vent, je vous en réponds,/ S'en soucie, et c'est justice, comme de colin-tampon...)

Poète, vos papiers ! 
En regardant cette émission, Brassens est revenu, j'étais émue, me prenais à fredonner les Bancs publics, Il n'y a pas d'amour heureux (Mon bel amour mon cher amour ma déchirure, /Je te porte dans moi comme un oiseau blessé/ Et ceux-là sans savoir nous regardent passer. Répétant après moi les mots que j'ai tressés/ Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent... Il n'y a pas d'amour heureux)... Toutes ces chansons, que j'écoutais avec mes parents, avec lesquelles j'ai grandi, mes enfants beaucoup moins je crois. 

Des mots pour l'éternité
Mais ce qui m'a touchée à l'extrême, c'est ce testament en chanson, la supplique pour être enterré sur la plage de Sète, toute sa vie en quelques strophes bien lancées.
 
La Camarde qui ne m'a jamais pardonné,
D'avoir semé des fleurs dans les trous de son nez,
Me poursuit d'un zèle imbécile.
Alors cerné de près par les enterrements,
J'ai cru bon de remettre à jour mon testament,
De me payer un codicille...

jeudi 20 octobre 2011

Comprenne qui voudra

Fut un temps où les hommes qui nous gouvernaient ne maniaient pas que la langue de bois. Et faisaient preuve de culture et de profondeur.
En 1969, à la question que lui posait un journaliste au sujet du suicide de Gabrielle Russier, professeur de lettres, condamnée pour détournement de mineur, 
"Comprenne qui voudra - moi mon remord ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts, qui sont morts pour être aimés - c'est de Paul Eluard."

Le poème d'Éluard évoquait un autre contexte. Celui des femmes tondues publiquement après la Libération pour être sorties avec l'ennemi.

En ce temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait des filles. 
On allait même jusqu'à les tondre.

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d'enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés
Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres
Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête
Souillée et qui n'a pas compris
Qu'elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté
Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

Texte initialement publié in Les Lettres françaises du 2 décembre 1944, avec ce commentaire : « Réaction de colère. Je revois, devant la boutique d’un coiffeur de la rue de Grenelle, une magnifique chevelure féminine gisant sur le pavé. Je revois des idiotes lamentables tremblant de peur sous les rires de la foule. Elles n’avaient pas vendu la France, et elles n’avaient souvent rien vendu du tout. Elles ne firent, en tous cas, de morale à personne. Tandis que les bandits à face d’apôtre, les Pétain, Laval, Darnand, Déat, Doriot, Luchaire, etc. sont partis. Certains même, connaissant leur puissance, restent tranquillement chez eux, dans l’espoir de recommencer demain. »

Dans les deux cas, des femmes qui ont payé cher, pour la relation entretenue, l'une avec un mineur, les autres avec l'ennemi, en butte aux réactions de l'Institution ou de l'opinion publique, promptes à trouver un(e) coupable facile, alors que d'autres couraient en toute impunité.

Pompidou réfléchit longuement, il pèse ses mots (avez-vous "vu" les silences ?), il ne tranche pas de façon péremptoire. Sans nier la "faute", il semble accorder des circonstances atténuantes, conscient que la pression exercée est trop grande et que les responsables ne sont pas seulement là, chez cette enseignante emportée par la passion.

On  voit ça dans ces situations où la personne incriminée est "punie" pour l'acte commis - ce qui est juste -, mais elle porte aussi le chapeau pour le reste : le ras-le-bol de certains d'une situation difficile à vivre, la "vox populi" qui cherche un bouc-émissaire, les lourdeurs des appareils qui ne peuvent tout remettre en question...

Merci à l'ami qui m'a soufflé cette phrase et tout ce qui s'ensuit.


lundi 17 octobre 2011

17 octobre 1961 : 50 ans pour se souvenir

Mémoire courte
Il a fallu 50 ans pour que l'on reconnaisse ce 17 octobre 1961.
Ce jour-là, répondant à l'appel contre le couvre-feu qui leur était imposé par le préfet Papon, des  milliers d'Algériens de la boucle Nord de la Seine (des bidonvilles de Nanterre entre autres pour ceux qui ne savent pas) engagent une marche vers le pont de Neuilly.
Répression policière féroce, des gens malmenés, matraqués, poussés dans la Seine, noyés, emprisonnés, disparus. Des centaines peut-être...

Aujourd'hui, on se souvient
On en parle. Des commémorations ont lieu, des films, des pièces de théâtre l'évoquent. Mais tout le monde n'est pas prêt à le faire :  le maire de Neuilly a refusé le rassemblement sur le pont de Neuilly.
Qu'importe, il a eu lieu ailleurs.
Hommage est rendu. Enfin !

A Colombes :
Film : On noie des Algériens de Yaslina Adi
Théâtre Lamento pour Paris (La Cave à théâtre 20 et 21 octobre 20 h 30)
Et lire ça 

dimanche 25 septembre 2011

Vote des femmes en Arabie Saoudite

Une vraie fausse bonne nouvelle...

25 septembre 2011 : Le roi Abdallah vient de décider d'accorder le droit de vote aux femmes (plus de 65 ans après la France qui l'a fait le 15 octobre 1945 !) : "Parce que nous nous refusons à marginaliser les femmes dans la société (...), nous avons décidé, après avoir consulté les oulémas et d'autres personnalités, d'associer les femmes dans le conseil de la Choura en qualité de membres à compter de la prochaine législature, a déclaré le souverains saoudien. Les femmes pourront également se présenter aux élections municipales pour lesquelles elles disposeront du droit de vote".



Réjouissons-nous !

Mais pas trop vite, car ce n'est pas pour tout de suite.
Si les femmes saoudiennes pourront participer au conseil de la choura, elles ne voteront pas lors du prochain scrutin municipal qui a lieu la semaine prochaine et devront attendre 2015 pour pouvoir exercer ce droit.
Néanmoins, cette décision est historique et, espérons-le, le début d'une vraie entrée de la femme dans la société civile saoudienne, dans ce pays où elle n'a par exemple pas le droit de conduire de voiture et l'une d'entre elles a fait de la prison dernièrement pour avoir été "prise" au volant d'une voiture...
Je suis sûre qu'elles n'ont pas fini de nous surprendre !

jeudi 28 juillet 2011

Bienvenue au nouveau Sud Soudan !

Le 59e  État africain est né le 9 juillet !
Le Sud Soudan, nation indépendante et souveraine, multireligieuse et multiethnique, a été créé, mettant fin - espérons-le - à six ans de guerre civile au Soudan. Pourvu que cette pluralité d'idées soit préservée au quotidien !


Pour ceux qui, comme moi, ont du mal à visulaliser.
Malgré des tensions persistantes, le gouvernement de Khartoum, à majorité musulmane, a été le premier à reconnaître Juba comme capitale de ce nouveau pays, plutôt catholique.
le Sud Soudan est le 193e pays de notre petite planète.

Deux pays pour que tout le monde s'y retrouve!
 À quand un 194e, avec la création d'un État palestinien, qui scellerait la fin de 40 ans d'occupation israélienne ?

mercredi 8 juin 2011

Chaud le printemps espagnol !


J'ai été un peu négligente ces derniers temps, un peu bousculée et je n'ai pas parlé de cette jeunesse espagnole qui campe depuis près d'un mois sur les places pour raconter son ras-le-bol devant l'absence de perspectives que lui offre l'avenir. 
20 % de la population espagnole touchée par la crise et près de 50 % des jeunes de moins de 25 ans sans boulot... 


La rue ne se taira pas  
Les gens, jeunes et moins jeunes,  se sont rencontrés, ont discuté, débattu, ont tout réinventé pour organiser la vie sur leurs campements. 
Un mai 2011 espagnol avec des airs de mai 68...

Démocratie en travaux  
Les places commencent à se vider. La lutte est longue. Mais des échanges ont eu lieu. Une grande marche des indignés est prévue à travers le pays. La petite graine est semée. Elle a soubresauté un peu partout, à peine frémi par chez nous.
Espérons qu'elle germera. Le gouvernement a forcément entendu le message, des choses vont se débloquer. En tout cas, bravo les indignés ! Hessel a vu juste...

dimanche 20 mars 2011

On est si peu de choses...

Hubert Reeves, astrophysicien, un grand monsieur !

Hubert Reeves
Je l'ai entendu par hasard, au salon du Livre, vendredi, durant un forum où il répondait aux questions d'un très jeune auditoire ; questions qui auraient pu être les nôtres : Combien y a-t-il d'étoiles ? Peut-on sortir d'un trou noir ? Est-ce que l'univers a des limites ? Y a-t-il d'autres planètes habitées ?...
A ces questions, Hubert Reeves répondait avec simplicité et évidence, faisant percevoir la petitesse de notre monde en regard de ce qui nous entoure et que nous connaissons si peu...
 Petits, mais aussi grands, tout le monde était captivé !
Dans le livre L'Univers expliqué à mes petits-enfants, il répond à ces questions que les novices comme moi, nous nous posons et qui nous renvoient humblement face à nous-mêmes.

Extraits de la 4e de couverture :  
« Je dédie ce livre à mes petits-enfants. En commençant à l'écrire, j'ai pris conscience de la valeur symbolique que je pouvais lui donner : celle d'un testament spirituel. Que voudrais-je leur raconter sur ce grand Univers qu'ils continueront à habiter après moi... [...] La contemplation de la voûte céleste et le sentiment de notre présence parmi les astres provoquent un désir partagé d'en savoir plus sur ce mystérieux cosmos que nous habitons. Il sera question de science, ce qui n'exclut pas la poésie. »

L’Univers expliqué à mes petits-enfants, Hubert Reeves, les éditions du Seuil, Paris, janvier 2011

mardi 15 mars 2011

Passons le témoin

Raymond Aubrac était reçu le 15 mars par les deux hurluberlus Collin et Mauduit du "5/7 boulevard" sur France Inter. Ce grand résistant français à l'Occupation allemande et au régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale est un monsieur de 96 ans qui n'a rien perdu de sa verve et de sa capacité à s'indigner et s'interroger sur le monde. Il vient de publier avec son petit-fils, Renaud Helfer-Aubrac, Passage de témoin aux éditions Calmann-Lévy: un dialogue humaniste où se transmet la flamme de la Résistance.