Fâcheries et engouements

Fâcheries et engouements
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mardi 25 septembre 2012

Les sens des mots !

Échange avec une de mes filles :

- T'inquiète, lui dis-je, je ne me frappe pas.
- Tu ne te frappes pas ?, qu'elle me questionne.
- En langage de vieux, cela veut dire que je m'en fiche !, rétorqué-je doctement.
- Ahah ;) qu'elle me réplique, et ça a donné "je m'en tape" en langage 2.0 !

Une histoire  de coups décidément.
Bien vu, non ? 
Pour ceux qui ne sont pas convaincus que les mots sont faits pour qu'on en joue, je ne résiste pas de vous faire partager ces dessins d'une autre de mes filles.


 













jeudi 28 juillet 2011

Les terres de son enfance

El dulce de leche (Tryo)
Ce texte de Tryo raconte si profondément la douleur de l'arrachement à la terre natale,
où la vie n'est plus possible, poussant hommes, femmes, familles à l'ailleurs.
Cherchant un nouvel espace, sans autre citoyenneté,
ils se "réfugient dans un tiroir" en rêvant au pays.


Il n’avait pas idée
Il n’avait pas conscience
A quel point lui manquait
Les terres de son enfance
La Cordillère des Andes
Les cocotes en papier
Le fumé de la viande
La confiture de lait

Il n’avait pas idée
On dira inconscience
A quel point lui coûtait
D’être bloqué en France
Rejoindre le pays
L’odeur de l’orchidée
Le temps n’a pas enfoui
El dulce de leche

Il faudra reprendre la route
Devenir français coûte que coûte
Réfugié dans un tiroir
On passe le temps on garde espoir
C’est ça être français j’en doute

Il n’avait pas idée
Il n’avait pas conscience
Comme peuvent marquer
Les blessures de l’enfance
Une larme à Paris
Une rose pour Pinochet
Le temps n’a pas enfoui
Le palais d’Allende

Comme il avait souri
En parlant de la France
Il raconta sa vie
Ses années de silence
Les tonnelles en fleur
Le sang sur le pavé
Le départ pour l’ailleurs
El dulce de leche

Il faudra reprendre la route
Devenir français coûte que coûte
Réfugié dans un tiroir
On passe le temps on garde espoir
C’est ça être français sans doute
El dulce de leche

Il n’avait pas idée
Mais c’est sans suffisance
On ne peut imaginer
Les parcours de l’errance
Le prenant par la main
Eh l'ami, on y est!
La famille les copains
La confiture de lait

Il faudra reprendre la route
Devenir français coûte que coûte
Réfugié dans un tiroir
On passe le temps on garde espoir
C’est ça être français sans doute

mardi 5 juillet 2011

Le mec de la tombe d'à-côté

C'est un livre de Katarina Mazetti.
Lui est agriculteur et s'occupe de ses vaches, en Suède. Mais ce pourrait être un autre pays d'Europe.  Elle est bibliothécaire, à la ville. Ils se rencontrent au cimetière, chacun allant sur la tombe d'un être cher, Benny sa mère, Désirée son mari. Au début, entre eux, le contact est glacial. Puis la température monte et ils ne peuvent plus se passer l'un de l'autre. 
Pourtant, tout les sépare : leurs vies, leurs goûts, leurs modes de fonctionnement.
Le style est drôle. A tour de rôle, chaque personnage prend la parole, racontant à sa façon, et avec humour, leurs échanges. 
On est sur deux planètes. Pourtant, ces deux-là sont sacrément amoureux l'un de l'autre.
Est-ce qu'on peut partager l'histoire de quelqu'un qui nous ressemble si peu, avec qui l'on n'a apparemment rien en commun ? La question est tellement courante : jusqu'où c'est possible ? Quelle dose de partage, de mise en commun, de chemin vers l'autre est-elle nécessaire pour que cela marche ? La relation amoureuse suffit-elle ? C'est ce que Désirée et Benny essaient résoudre tout au long du livre. 
Ils poursuivent la réflexion dans la suite, Le Caveau de famille, qui est presque aussi drôle et bien vue. Là, il y est question d'enfants, d'une famille tellement improbable entre cette intellectuelle citadine et ce paysan criblé de dettes, et qui n'a pas une minute à lui. 
Celui qui a vécu le passage du couple à la famille se reconnaîtra... Le Mec de la tombe d'à-côté a été adapté au théâtre. Les critiques étaient excellentes. Personnellement, j'ai trouvé qu'il y manquait le grain de folie du livre qui fait que la relation entre Benny et Désirée fonctionne, avec l'attraction amoureuse, mais aussi  ce grain de curiosité et d'ouverture qui permet à chacun d'appréhender un autre a priori si différent d'eux-même.


lundi 20 juin 2011

La libération par le feu

Lecture express
Par le feu , Tahar Ben Jelloun
Un petit roman écrit sur le vif par Tahar Ben Jelloun, retraçant l'histoire de Mohammed, histoire largement inspirée de celle du jeune Tunisien qui s'est immolé par le feu, et dont le geste a été le point de départ de la révolution de Jasmin et des révolutions arabes : Tunisie, Maroc, Lybie, Syrie, Yemen, Bahrein... 
Le désespoir de ce jeune, ayant pour issue ce sacrifice ultime, a marqué le démarrage pour des millions d'hommes et de femmes d'un processus libérateur.
En quelques mois, malgré des morts et la répression souvent,  les populations se sont emparées de leur histoire, des élections démocratiques vont avoir lieu prochainement, des dictateurs sont jugés. 
De notre point de vue occidental, même si l'on savait un peu, c'est dur à croire que la corruption, la vilénie de certaines personnes, la violence politique, les pots de vins atteignent de tels sommets. C'est une machination contre ceux qui n'ont rien, et ils n'y échappent pas... sauf s'ils vendent leur âme. 
C'est ce que décrit ce petit livre. 
A mettre entre toutes les mains.

vendredi 8 avril 2011

LAISSEZ-LES ETUDIER ICI !


Mercredi 6, une petite centaine de lycéens sans-papiers, des professeurs et des membres de l'association RESF ont "parrainé" symboliquement le préfet, représenté par une silhouette en carton, et l'"ont pris sous leur protection" en lui remettant "un guide de bonne pratiques", avec un clown comme maître de cérémonie. Dans ce vade-mecum, les lycéens lui exposent "ce qu'il faut faire (les régulariser) et ne pas faire (pondre des notes pour expulser, expulser des lycéens, nier le droit de vivre en famille, etc", selon un porte-parole de RESF. Pierre-André Peyvel, préfet du Haut-Rhin, a été nommé à la tête des Hauts-de-Seine le 29 mars et devrait prendre ses fonctions très prochainement. 
Une fois la manifestation dispersée, les policiers ont essayé de ramasser des sans-papiers qui étaient à la préfecture. La vigilance s'impose donc.


lundi 28 mars 2011

La troisième révolution

Nous y voilà, nous y sommes. 

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. 
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s'est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.

Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.
D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille) récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas
Archéologue et écrivain

Merci Isabelle de m'avoir transmis ce texte, à méditer, texte écrit par Fred Vargas en 2008 pour Europe Ecologie - les Verts, que l'auteur soutenait aux élections européennes de juin 2009. Ce texte  reste d'une actualité brûlante !